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Pourquoi le stress chronique nous guide vers le burn-out et vers d’autres soucis psychiques

Pourquoi le stress chronique nous guide vers le burn-out et vers d’autres soucis psychiques ?

Notre cortex, autrement dit la conscience, est philosophique : notre cortex cherche à comprendre et confirmer notre vécu.

Notre inconscient a vécu et souhaite simplement survivre : cela, c’est notre pulsion la plus puissante.

Alors, lorsqu’un événement traumatique, ou un événement qui va contre les informations reçues par l’inconscient, est bien engrangé, et que le danger n’est pas identifiable ou n’est pas surmontable, la logique n’arrive pas vraiment à le changer. Donc, notre système nerveux reste en hypervigilance, en cherchant un danger dit invisible.

Cela peut activer un réflexe archaïque, souvent le réflexe de la peur paralysante, ou Moro.

C’est pourquoi il est nécessaire de travailler dans un ensemble sur la conscience (la psychologie), le système nerveux (la posturologie) et sur l’inconscient (la psychothérapie).

Car le corps n’a qu’un système nerveux, et tout ce qui est physique devient psychique, et tout ce qui est psychique est aussi physique.

Plan d’explication (pour comprendre ce qui se passe, étape par étape)

  1. Stress aigu vs stress chronique : à partir de quand l’adaptation devient usure.
  2. Le cortex “philosophique” : comprendre ne suffit pas toujours à apaiser.
  3. L’inconscient “survie” : circuits rapides, automatiques, plus puissants que l’argumentation.
  4. Le danger “invisible” : quand le système nerveux cherche une menace qu’il n’arrive pas à localiser.
  5. Hypervigilance et startle : pourquoi le corps reste prêt à réagir.
  6. Réflexes archaïques / Moro : lien clinique possible avec l’hyperréactivité (avec prudence scientifique).
  7. Burn-out : quand l’usure biologique + psychique dépasse les ressources.
  8. Pourquoi une approche intégrative : conscience (psychologie) + système nerveux (corps/posture) + inconscient (psychothérapie).
  9. Ce que l’on vise en thérapie : sécurité, régulation, réassociation corps-esprit, sortie du mode alerte.

1) Stress chronique : quand l’adaptation se transforme en surcharge

Le stress n’est pas un ennemi en soi. En aigu, il mobilise : énergie, attention, action. Le problème commence quand le stress devient chronique, c’est-à-dire répété, prolongé, et non “résolu”.

En neurosciences du stress, on parle d’allostasie (la capacité à s’adapter) et d’allostatic load / allostatic overload (le coût de l’adaptation quand elle dure trop longtemps). Quand l’organisme doit “tenir” sans récupération, il paie : sommeil, immunité, inflammation, digestion, douleurs, humeur, concentration.

2) Le cortex : comprendre et confirmer notre vécu (mais pas tout contrôler)

Votre phrase est juste et très clinique : le cortex cherche du sens. Le cortex préfrontal, notamment, sert à planifier, inhiber, évaluer, mettre en mots, faire des liens.

Mais sous stress chronique, ce même système peut perdre en efficacité : la flexibilité cognitive baisse, la rumination augmente, et la capacité à “revenir au calme” devient moins accessible. Les travaux de McEwen décrivent comment le stress chronique remodèle des régions clés : préfrontal, hippocampe, amygdale.

C’est là que beaucoup de personnes se sentent piégées :

  • “Je comprends, mais je n’y arrive pas.”
  • “Je sais que c’est fini, mais mon corps réagit comme si c’était maintenant.”

3) L’inconscient : survivre d’abord, expliquer ensuite

Votre idée de “pulsion survie” décrit très bien ce que la clinique voit : une partie de nous veut juste survivre, même si cela coûte cher.

Dans le trauma, Van der Kolk a beaucoup insisté sur cette réalité : les souvenirs traumatiques ne sont pas uniquement des histoires racontables. Ils peuvent rester fragmentés, davantage sensoriels, corporels, émotionnels, et déclencher des réponses automatiques (hyperactivation, évitement, dissociation).

Autrement dit : l’inconscient ne débat pas. Il scanne. Il anticipe. Il déclenche.

4) Le danger “invisible” : quand le système nerveux ne peut pas localiser la menace

Quand un événement a été vécu comme dangereux, mais que le cerveau n’a pas pu l’intégrer (ou que la menace a été diffuse, relationnelle, imprévisible, répétée), le système nerveux peut rester en mode :

“Je dois prévenir quelque chose… mais je ne sais pas quoi.”

C’est typiquement le terrain de l’hypervigilance : hypersensibilité aux signaux, sommeil léger, tension musculaire, irritabilité, difficultés de concentration, fatigue nerveuse.

En PTSD (et dans des états apparentés), l’hypervigilance et l’augmentation de la réponse de sursaut font partie des symptômes d’hyperactivation.

5) Réflexe archaïque, Moro, et “peur paralysante” : ce qu’on peut dire avec rigueur

Vous citez le Moro. Sur le plan neurophysiologique, la clinique du trauma décrit souvent :

  • une hyperréactivité au sursaut (startle),
  • une bascule rapide en fight/flight (agitation, contrôle, fuite),
  • ou en freeze (sidération, brouillard, dissociation).

La littérature scientifique est solide sur le sursaut augmenté et l’hyperarousal dans le trauma.

Concernant les “réflexes primitifs” (dont Moro) à l’âge adulte : c’est un sujet plus hétérogène. Il existe des travaux sur la présence/“réapparition” de réflexes primaires chez certains adultes, et des débats sur l’interprétation (neurologie, vieillissement, clinique).

Donc, en pratique, on peut l’aborder ainsi, sans surpromesse : le Moro peut être un langage clinique utile pour décrire une hyperréponse de sursaut et une dysrégulation. Mais scientifiquement, il faut rester précis : ce que l’on objecte le mieux, c’est la réactivité de sursaut, la vigilance, la tonicité, la respiration, la variabilité cardiaque, et leur évolution dans le suivi.

6) Burn-out : l’issue logique quand la récupération n’est plus possible

Le burn-out, au sens de l’OMS (ICD-11), est conceptualisé comme un syndrome lié au stress chronique au travail qui n’a pas été géré avec succès, avec :

  • épuisement,
  • distance mentale/cynisme,
  • baisse d’efficacité.

Ce qui relie votre texte au burn-out, c’est la même mécanique :

  • le cortex veut tenir, expliquer, rationaliser ;
  • l’inconscient veut survivre ;
  • et le système nerveux, sans résolution ni récupération, reste en alerte.

Au bout d’un moment, ce n’est plus “un manque de volonté”. C’est de la physiologie.

7) Posturologie, système nerveux, et boucle corps-psyché

Votre phrase est centrale : le corps n’a qu’un système nerveux. Et la recherche moderne rejoint cette intuition : douleur, stress, émotions et cognition se renforcent parfois en boucle.

On décrit même un cercle vicieux stress–douleur, où chaque dimension entretient l’autre (physiologie + attention + interprétations + évitements + contexte social).

Dans les douleurs chroniques, l’approche biopsychosociale (corps + psychisme + contexte) est devenue un standard conceptuel, précisément parce que séparer “physique” et “psychique” rate une partie du problème.

Sur la partie plus “posturo”, on voit aussi des passerelles concrètes : par exemple, des études relient des facteurs cognitifs (catastrophisme) à des éléments de stabilité posturale dans certaines douleurs.

Cela ne veut pas dire que “la posture explique tout”, mais cela soutient votre point : l’état nerveux imprime le corps, et le corps renvoie au nerveux.

8) Pourquoi travailler ensemble : conscience, système nerveux, inconscient

Votre conclusion est, à mon sens, la plus thérapeutique :

  • Conscience (psychologie) : comprendre, nommer, recontextualiser, redonner du sens, travailler les croyances, les schémas, les relations.
  • Système nerveux (corps/posturologie au sens large) : sécurité physiologique, respiration, tonus, équilibre, ancrage, relâchement, interoception, sortie de l’hypervigilance. Les marqueurs autonomes (ex. HRV) sont de plus en plus étudiés dans les troubles mentaux, même si ce n’est pas un “thermomètre parfait”.
  • Inconscient (psychothérapie) : intégration du traumatique, retraitement, reconsolidation, régulation émotionnelle, et réassociation corps-esprit. Les approches corps-esprit ont aussi été étudiées dans le trauma ; par exemple, Van der Kolk a publié un essai contrôlé randomisé sur le yoga comme adjuvant dans le PTSD, montrant une réduction des symptômes dans un cadre spécifique.

C’est exactement l’idée : si le problème est logé dans un circuit corps-cerveau, la solution doit parler aux deux.

Conclusion

Quand un événement est engrangé comme dangereux, et que le danger n’est pas identifiable ou surmontable, la logique seule ne suffit pas. Le système nerveux cherche un danger invisible, reste en hypervigilance, et l’usure s’installe. À la fin, burn-out, anxiété, troubles du sommeil, douleurs, dissociation, ou une combinaison.

C’est pour cela que votre approche intégrative n’est pas “un plus”. C’est une logique clinique :

conscience + système nerveux + inconscient, ensemble, parce que tout est connecté par un seul réseau : le système nerveux.

Références (sélection)

  • McEwen, B.S. Stress, adaptation, allostatic load / overload (revues).
  • OMS (ICD-11) : définition du burn-out comme phénomène professionnel.
  • Van der Kolk, B.A. “The Body Keeps the Score” (1994) + travaux sur approches corps-esprit (yoga, PTSD).
  • PTSD, hyperarousal, hypervigilance, startle : revues cliniques et données.
  • Stress–douleur et modèle biopsychosocial.
  • HRV et troubles mentaux (revues récentes).

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